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Des patients attendent dans le couloir d'être pris en charge, le 21 novembre 2017, à l'hôpital de Bastia en Corse.
Des patients attendent dans le couloir d'être pris en charge, le 21 novembre 2017, à l'hôpital de Bastia en Corse. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a annoncé la création d’un plan pour lutter contre les violences aux urgences.
  • Ce dispositif comprend la mise en place de « 40 % de caméras supplémentaires d’ici à trois ans », l’expérimentation de la vidéosurveillance intelligente et la multiplication d'« affiches contre les incivilités ».
  • Pour le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), la mesure ne résout pas le problème des violences aux urgences.

« Les gens ne viennent pas dans les hôpitaux spécifiquement pour agresser. S’il y a des agressions, c’est uniquement parce que les patients attendent des heures avant d’être pris en charge. » Pour Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), l’installation de caméras de surveillance ne résout pas le problème des violences aux urgences.

C’est pourtant la grande annonce qu’a faite Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dans une interview donnée au Parisien. Le patron de l’AP-HP a annoncé la mise en place de « 40% de caméras supplémentaires d’ici à trois ans », un investissement de près de 30 millions d’euros. « Necker, Henri-Mondor, l’Hôpital européen Georges-Pompidou… La plupart des établissements sont concernés » par ce dispositif qui permettrait « d’assurer la sécurité en temps normal comme en temps de crise » et de « participer à la protection de tous contre les violences, les vols, les attentats », a indiqué Martin Hirsch.

Le directeur de l’AP-HP a également annoncé l’expérimentation, avant l’été, de « la vidéosurveillance intelligente », une technologie de pointe capable de « détecter des bagarres, des colis suspects, mais aussi de repérer des chutes au sol ou d’agir lors d’une disparition de patient. » Dernière mesure, les « affiches contre les incivilités », indiquant par exemple qu’une injure envers un professionnel de santé est passible de 6 mois d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende, vont être multipliées dans les couloirs et les salles d’attente. 20 Minutes fait le point sur ces annonces.

Pourquoi y a-t-il autant d’actes de violences ?

Thierry Amouroux préconise de « traiter la cause » de ces violences : « S’il y a des agressions, c’est uniquement parce que les patients attendent des heures avant d’être pris en charge », explique-t-il. Pour lui, la solution passe par un meilleur accueil des personnes qui se présentent aux urgences : « Aujourd’hui, les urgences vitales sont très rapidement prises en charge. A contrario, les patients qui viennent pour des petites consultations attendent souvent plusieurs heures. La solution, c’est avant tout de mieux recevoir les patients?. Il n’y a pas assez de personnel médical pour répondre aux besoins, c’est ce qui crée des situations de tension », explique Thierry Amouroux. De son côté, le patron des hôpitaux de Paris, lui, a encouragé les personnels à travailler « sur [leur] propre comportement et sur un meilleur accueil du malade et de sa famille ».

Y a-t-il un sentiment d'impunité ?

Le porte-parole du SNPI pointe un autre problème. Selon lui, les personnels soignants agressés reçoivent rarement le soutien de leur direction : « Il n’y a que dans 1 cas sur 4 que les directions des hôpitaux portent plainte pour soutenir leur personnel soignant agressé. Par exemple, chez les postiers, dès que l’un d’entre eux est agressé, la direction dépose immédiatement plainte. Dans les hôpitaux, les directions ont tendance à minimiser ces agressions. » Pourtant, le directeur général des Hôpitaux de Paris a assuré, dans les colonnes du Parisien, que c’était déjà le cas : « Nous accompagnons les équipes lorsqu’elles déposent plainte. »

Que faudrait-il faire pour diminuer ces violences ?

Pour Martin Hirsch, ces caméras de surveillance pourraient dissuader certains patients nerveux de passer à l’acte mais aussi permettre de prouver une agression ou d’identifier son auteur. Pour le SNPI, la multiplication de caméras « ne résout absolument pas le problème. » D'après le porte-parole, la solution se trouve dans la réorganisation des salles : « Il faut prévoir deux types de salles d’attente, une pour les urgences et une pour les consultations. Si vous avez ça, vous aurez déjà moins le sentiment de voir passer pleins de gens devant vous. Les patients ne sont pas profondément méchants, mais au bout de plusieurs heures, certains pètent les plombs car ils sont angoissés. L’attente doit rester raisonnable », justifie Thierry Amouroux.

Le porte-parole des infirmiers pointe également les futures suppressions de poste, une « incohérence » face au manque de personnel : « Le budget de l’AP, c’est 7,3 milliards d’euros par an. Aujourd’hui, Martin Hirsch annonce 30 millions d’euros consacrés à ces caméras. Dans un même temps, il a décidé de faire 200 millions d’euros d’économies et de supprimer 600 postes. Dans les urgences, le nombre de patients ne fait qu’augmenter et les moyens humains ne suivent pas. On n'a plus le temps de dialoguer avec les patients et c’est ce sentiment d’abandon chez eux qui débouche sur de l’agressivité. »

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/societe/2272183-20180516-violences-urgences-agressions-parce-patients-attendent-heures
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