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Bouna Sarr en pleurs sur la pelouse après la défaite de l'OM en finale de la Ligue Europa.
Bouna Sarr en pleurs sur la pelouse après la défaite de l'OM en finale de la Ligue Europa. — FRANCK FIFE / AFP

C’est un constat  qui concerne beaucoup plus l’OM que les autres, mais ce n’est pas une critique. Pour perdre une finale, il faut déjà en jouer, et le foot français ne grouille pas de volontaires, en dehors de Marseille, donc. Les gagner, c’est autre chose. En ajoutant la déroute olympienne de mercredi contre l’Atlético, cela fait douze défaites en finale sur quatorze tentatives pour les clubs tricolores. Le ratio est cauchemardesque, et c’est encore pire si on s’arrête aux scénarios récents. Le dernier buteur d’un club français en finale de Coupe d’Europe s’appelle Daniel Dutuel. Un coup-franc pour l’honneur en finale retour de la Coupe de l’UEFA contre le Bayern, en 1996. Depuis, c’est apocalypse now : cinq matchs, cinq déculottées, aucun but marqué, douze encaissés.

  • Barça-PSG 1-0
  • Parme-OM 3-0
  • Valence-OM 2-0
  • Porto-Monaco 3-0
  • Atletico OM 3-0

Une plongée rapide dans ce cimetière d’illusions perdues file un cafard du diable. C’en est même fascinant de voir la redondance du film.

  • L’occasion manquée en début de match (Tholot contre le Bayern en 96, Germain mercredi au Parc OL).
  • Le joueur majeur obligé de jouer diminué, voire carrément de sortir (Giuly avec Monaco, Drogba avec l’OM en 2004, Payet contre l’Atletico).
  • Des suspendus importants toujours du même côté (Zidane et Dugarry lors de la finale aller en 96, Ravanelli, Luccin et Dugarry en 99).
  • L’équipe française trois plus entamée physiquement que son adversaire pour une raison ou pour une autre (Bordeaux qui luttait pour le maintien en 96, Monaco qui se fait remonter par l’OL en 2004, l’OM qui disputé déjà son 61e match cette saison).
  • Les discours pleins de soumission après coup, quand on met en avant « l’expérience » de l’adversaire, forcément supérieure à la nôtre.

 

Rudi Garcia :

« La meilleure équipe a gagné, c’est celle qui a le plus d’expérience. Elle est rompue à ce genre de matchs. Elle joue régulièrement la Ligue des champions et elle est deuxième de la Liga. Il n’y a donc pas à rougir de cette défaite. On n’a juste pas su bousculer la hiérarchie. »

Maxime Lopez :

« On a vu ce que c’était, le haut niveau. On a eu l’impression qu’à certains moments on prend le dessus, qu’on peut marquer. Mais il y a de très très grands joueurs en face. Ils la mettent au fond. Et ils nous tuent. Dès la 30e minute, ils commencent à jouer la montre. Ils ont tellement l’habitude des finales… Nous, on est très jeunes ! »

Deschamps jouait la même mélodie tristounette après la finale perdue de 2005, alors que son club venait de sortir le Real Madrid et Chelsea, deux groupes au vécu européen largement supérieur à celui du Porto de Mourinho, même si ce dernier venait de remporter la Coupe de l’UEFA.

« J’avais une équipe très jeune, sans expérience. Il n’y avait que 2/3 joueurs qui avaient déjà disputé la Ligue des Champions. Nous n’étions pas programmés pour un tel parcours. Ce qui a paralysé les joueurs, c’est davantage le contexte de disputer une finale, avec tout ce que cela comporte. Même si on avait déjà battu le Real Madrid ou Chelsea, ce n’était "que" les 1/4 et les 1/2. Il n’y avait donc pas tout le contexte particulier et singulier d’une finale, assez pesant. Il y a une logique dans ce résultat : le vécu européen de Porto n’est pas le même que celui de Monaco »

 

Le manque de pratique, le manque de réalisme, le manque de tout

La suite du raisonnement ? Le football français, déjà qu’il ne joue une finale que tous les 36 du mois, est encore très loin d’être capable de s’offrir la deuxième Coupe d’Europe de son histoire. C’est un truc dans l’air qui dépasse les statuts des uns ou des autres. Prenez le PSG, infoutu d’accrocher un dernier carré de Ligue des champions depuis qu’il fait pleuvoir les gazodollars au petit déjeuner. Un jour, il y arrivera, et plus tôt qu’on ne le pense. Mais est-ce qu’on saisit bien la différence entre une demi-finale et une finale, entre perdre une finale et gagner une finale ?

On a lancé Daniel Dutuel sur le sujet. Au départ, c’était surtout pour le clin d’œil au dernier buteur français dans une finale européenne. Et puis c’est devenu une discussion vachement prenante. Verbatim en trois points

>> « Tu peux faire illusion dans la préparation du match, te dire que sur 90 minutes c’est faisable, mais une fois que t’es sur le terrain et que tu vois la différence, physique, tactique, technique t’es gagné par l’impuissance. Comme l’impression de jouer contre une montagne ».

>> « Les blessures des joueurs importants, les occasions ratées, Pourquoi ça tourne toujours du mauvais côté ? Ce n’est pas un hasard. Je ne sais pas comment font les clubs étrangers, mais en France, il y a un problème dans la façon dont on prépare l’évènement. Dans l’approche tactique d’une finale, on ne fait peut-être pas ce qu’il faut. Est-ce qu’il faut à tout prix faire jouer Payet mercredi ? Je ne sais pas. Est-ce qu’il fallait jouer comme ça ? Je ne sais pas ».

>> « Un moment, pour gagner des finales il faut avoir vécu le dernier carré plusieurs fois, comme l’Atletico. Il faudrait que l’OM revienne en finale dans les 2 ou 3 ans pour que cette expérience leur serve. Si tu reviens tous les dix ans, tu reprends tout depuis le début ».

Beaucoup de pistes intéressantes là-dedans. D’abord, l’idée qu’on perd le match avant de le commencer, malgré les rodomontades des heures d’avant pour se donner du courage. On le perd, parce qu’on le prépare mal ou pas assez bien, c’est selon. Une réflexion de Diego Simeone mercredi soir en conférence de presse : « J’ai regardé ce match avec une certaine sérénité, nous savions parfaitement ce que nous voulions faire ». Limite si le gars ne s’est pas fait une pédicure sur le banc de touche en sifflotant tellement il était sûr de son coup. On peut y voir de l’arrogance a posteriori. Ou alors reconnaître qu’il a raison. Nous aussi, on l’a vu venir gros comme une maison ce but de Griezmann sur la première erreur marseillaise de la soirée.

Un petit frémissement à confirmer

Une autre décla glanée en passant sur le même thème, signée Adil Rami : « Dans ce genre de match, il ne faut pas jouer au ballon. Il faut balancer et aller au duel sur les seconds ballons ». Ne pas y voir une critique déguisée à son entraîneur. L’international tricolore est un type nature qui dit les choses comme les sortent. En sous-texte : l’OM a joué sa finale comme si c’était Metz en face le samedi soir en L1. On revient à l’idée d’une science supérieure de l'évènement qui échappe aux clubs français dans la préparation de ces rendez-vous en altitude.

La rareté fait l’impuissance, évidemment. Jouer une finale tous les dix ans, c’est réapprendre à marcher à chaque fois. Mais il y a comme un frémissement quand même. Deux demi-finalistes l’an passé (Monaco en C1, l’OL en C3), un finaliste cette saison. C’est une permanence au plus haut niveau qui s’installe discrètement, si l’on prend de la hauteur : depuis 2000, la France n’avait jamais eu un demi-finaliste en Coupe d’Europe deux saisons de suite. Deux finales de suite, c’est plus dur ? C’est la prochaine étape, pourtant.

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/sport/2273247-20180517-coupe-europe-quoi-probleme-foot-francais-finales
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